dimanche 20 juin 2010

Immigrée

Je ne suis pas d'ici, et ça se voit sur ma figure. Je subis donc les contrôles au faciès. On aime les barrages de police ici, et un blanc dans la voiture, c'est une proie à ne pas laisser filer : surtout ne pas sortir sans sa "pièce", c'est-à-dire son passeport, à défaut prévoir un budget "graissage" afin de pouvoir s'échapper. 
Ici la catégorisation par couleur de peau n'est pas taboue comme elle le serait chez nous. On est Noir, on est Blanc, ou bien on est Libanais (oui, il semblerait que Libanais soit sur le même plan que Blanc ou Noir, en témoigne cette question d'une fille croisée dans la rue, qui s'adresse à moi au nom de sa copine : "ma chérie, elle demande, est-ce que tu es Blanc (sic) ou est-ce que tu es libanaise ?" ; moi "euh, je suis Blanc" - enfin, je crois, je ne sais pas, quels sont les critères ?). Visiblement, je suis parfois un peu trop brune pour incarner la Française typique : "tu es espagnole ?", "tu es italienne ?" et même "tu es arabe ?". 
Les enfants semblent particulièrement fascinés par mes cheveux d'étrangère : ce sont tes vrais cheveux ? je peux les toucher ? 
Cette réaction ne m'incite pas à avoir confiance dans les coiffeurs locaux, ce qui fait que j'ai rarement eu les cheveux aussi longs. Pourtant, dans les environs, j'ai le choix entre "Christ Roi coiffure", "L'Eternel, coiffure, teinture, dreads" etc. Malgré la bénédiction divine dont bénéficient ces échoppes, je n'ai pas pour l'instant franchi le pas. 
Aujourd'hui, c'était dimanche. Je suis passée devant une église baptiste où toute l'assistance semblait occupée à prononcer de vigoureuses imprécations, également devant une petite assemblée, cinq personnes peut-être, et un prédicateur derrière un pupitre, tout cela au bord de la route, sur les traditionnelles chaises en plastique qui sont de toutes les assemblées. Cinq personnes, mais deux gros paniers bien apprêtés pour la quête, cela m'a semblé louche. 

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